Être végane… et (v)égaux (1)

Bonjour les gens,

Pour aujourd’hui, je vous propose un article qui parlera un peu moins de véganisme, et un peu plus d’autres oppressions qui existent entre les humain.e.s.

Pourquoi « (v)égaux » ?

La dernière partie du nom du blog n’est pas juste une parodie d’accord au pluriel. Ça signifie aussi, et surtout, la nécessité d’adopter une convergence entre plusieurs luttes de justice sociale. En effet, il me paraît essentiel, en parallèle de la lutte pour les droits fondamentaux des animaux, de déconstruire les autres discriminations systémiques à l’encontre d’êtres humains. Cela permettra notamment de militer pour les droits des animaux sans perpétuer d’autres types d’oppressions.

A gauche : l’existant. A droite : la cible.

Nous vivons dans un monde où des hiérarchisations injustifiées sont faites entre les individus, et où de nombreux individus sont opprimés pour ce qu’iels sont, en fonction des critères suivants, que je vais définir succinctement.

1. Le genre

Nous sommes en 2018, et dans la majorité des pays du monde, être une femme est synonyme de discriminations et de désavantages. Le sexisme recouvre tout un spectre d’actions discriminantes, depuis les plus anodines (par exemple, la représentation des femmes dans la culture, qui charrie une vision déformée et toxique des femmes) jusqu’aux plus cruels (viols, meurtres conjugaux, meurtres familiaux dits « d’honneur »…) en passant par des inégalités dans divers domaines (niveau de revenus, de patrimoine, représentation politique…)

De manière plus large, tout individu qui n’est pas identifié comme homme à la naissance et qui ne le reste pas ensuite peut en baver sévèrement. En plus des femmes, cela inclut aussi les personnes transgenres (qui s’identifient à un genre différent de leur genre assigné à la naissance), intersexes (dont les organes génitaux à la naissance sont ambigus) et non-binaires (qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin, ou bien qui se rattachent aux deux à la fois).

2. L’origine ethnique

Je tiens à décrire ici le racisme dans sa définition systémique : il s’agit d’un ensemble de préjugés, pratiques, discours essentialisants et discriminations qui érigent les personnes caucasiennes comme des références, et entraînent des inégalités structurelles qui désavantagent les autres origines ethniques (personnes noires, asiatiques, arabes, juives, latino-américaines, etc) par rapport aux personnes caucasiennes. Je n’inclus pas ici les agressions isolées que les personnes blanches peuvent subir au motif de leur peau claire, car elles ont lieu dans une société qui ne généralise pas le contrôle au faciès, la discrimination au logement, à l’embauche ou aux mandats politiques à leur détriment.

Le racisme, lui aussi, recouvre un spectre d’actes discriminants envers les personnes non-blanches, qui inclut les insultes et agressions à caractères racistes, les inégalités dans les moyens affectés aux établissements scolaires (par exemple aux Etats-Unis), les inégalités de revenu, de patrimoine, de représentation médiatique et culturelle, d’accès aux postes à responsabilité dans tous les domaines économiques et politiques, l’annexion de territoires dont la population est jugée « inférieure », l’appropriation de leurs éléments culturels sans les créditer ou leur verser les revenus générés, la fétichisation sexuelle (qui se recoupe en grande partie avec le sexisme et/ou l’homophobie), la criminalisation des comportements des personnes racisées, etc.

3. L’orientation sexuelle

Aujourd’hui encore, l’écrasant majorité des représentations culturelles, religieuses et médiatiques mettent en avant l’hétérosexualité comme modèle de relation à appliquer et à suivre. L’hétérosexualité comme norme fait d’ailleurs partie des éléments qui entérinent l’oppression des femmes (en maximisant leur exposition aux oppressions sexistes : viols conjugaux, féminicides, violences physiques / psychologiques / financières…).

Quand on ne respecte pas cette injonction à l’hétérosexualité, parce qu’on est attiré.e par des individus du même genre ou de plusieurs genres, les propos dégradants, les agressions homophobes, viols correctifs, cyberharcèlements et autres violation de droits humains élémentaires contribuent à ajouter de l’insécurité aux personnes lesbiennes, gay, bi, et pan notamment.

4. La classe sociale et le niveau de revenus

Contrairement aux voeux de feu Karl Marx, les distinctions basées sur l’appartenance sociale ne sont toujours pas révolues à ce jour. Le fait d’être issu.e d’un milieu modeste ou aisé a des conséquences plus grave que la simple possibilité ou non d’acheter des possessions matérielles coûteuses ; être issu.e d’un milieu social défavorisé, c’est aussi rencontrer des difficultés dans l’accès à l’enseignement supérieur, aux services de santé, ou à de nombreux services nécessaires à l’insertion (moyens de transport, formation professionnelle, modes de garde pour ses enfants…). Et, de même que pour les personnes victimes de racisme ou de sexisme, c’est être invisibilisé.e dans les représentations culturelles, avoir moins de chances d’occuper des postes à responsabilité économique ou politique. A titre d’exemple, l’Assemblée Nationale française compte moins de 3% de parlementaires issus des milieux ouvriers ou employés, alors que ces métiers représentent 50% de la population du pays.

5. La présence de handicaps physiques ou moteurs

A ce jour, quel que soit le pays dans lequel on se balade, très peu d’infrastructures publiques ont été pensées pour s’adapter aux personnes handicapées. Des bonnes pratiques d’accessibilité commencent à apparaître dans les administrations (depuis l’audiodescription sur les sites web aux sous-titres dans les contenus vidéos, en passant par la mise en place de rampes et d’ascenseurs). Mais dans leur grande majorité, les personnes souffrant de handicaps physiques et moteurs continuent d’éprouver des problèmes d’accès aux services publics, aux immeubles, aux commerces, et aux technologies, et ce, à tous les âges (depuis les écoles publiques jusqu’aux maisons de retraite).

6. La présence de problèmes de santé mentale

Suite à l’attentat de Las Vegas commis le 1er octobre 2017, les médias et Donald Trump ont communiqué sur le fait que le tireur, Stephen Paddock, souffrirait de troubles mentaux. S’il peut arriver ponctuellement que des personnes neuroatypiques commettent des actes violents, c’est surtout un story-telling très utilisé pour les cas d’attentats commis par des personnes blanches, qu’on ne peut accuser de violence inhérente à une race ou une religion.

Dans la vraie vie, les troubles mentaux et leur prise en charge insuffisante font plutôt que les personnes qui en souffrent sont victimes. Victimes d’agressions, de meurtres, de viols, et de préjugés dangereux qui les instrumentalisent (depuis l’intox sur les vaccins qui « rendent autiste » jusqu’aux actes criminels de personnes responsables qu’on excuse par d’hypothétiques maladies mentales, permettant ainsi de ne pas inscrire le crime dans son contexte). Cet article synthétique permet d’en déconstruire quelques-uns.

7. L’âge

Les discriminations basées sur l’âge sont probablement parmi les plus complexes à identifier et combattre, tant les représentations culturelles les influencent. Dans cette catégorie, j’inclus pêle-mêle :

  • Les violences éducatives (et toute entrave au libre-arbitre chez les enfants), consistant à nier le ressenti exprimé par un enfant pour lui imposer une violence qui ne résout en rien ses problèmes ni n’aidera à son développement
  • Les règles contraignantes dans les écoles publiques concernant la tenue vestimentaire, l’accès aux toilettes des enfants et adolescents, et autres règles de vie scolaire, qui comportent également une dimension sexiste et transphobe pour certaines
  • L’instrumentalisation de la jeunesse comme critère de beauté dicté aux femmes, ce qui se reflète notamment dans les choix de partenaires faits par les hommes
  • Les discriminations à l’embauche subies après 40 ans sur le marché du travail français

Cette liste est, hélas, non-exhaustive.

8. Le poids (et autres critères d’apparence physique)

L’oppression sur le poids est répandu dans nos sociétés occidentales, dans le sens de la discrimination défavorable aux personnes grosses (plus ponctuellement, aux personnes extrêmement maigres). Tout comme l’âgisme, la grossophobie peut se coupler avec d’autres discriminations, les femmes subissant davantage la grossobie, de même que les personnes transgenres.

Le collectif français Gras Politique a notamment listé près de trente manifestations de discriminations envers les gros.ses, qui combinent à la fois des préjugés sociaux, des problèmes d’accessibilité (vêtements, transports…) et des violences médicales.

Une série d’articles suivra celui-ci, afin d’aborder de manière plus détaillée les adherences entre le spécisme et chacune des oppressions systémiques décrites ci-dessus.

Sur ce, je vous laisse, j’ai une casserole sur le feu qui sonne à la porte. A bientôt les gens 🙂

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2 commentaires sur “Être végane… et (v)égaux (1)

  1. Grossophobie plutôt non ?
    J’aurais mis aussi en avant l’aphrodisme et la domination du beau comme critère de bien faisant qu’une personne jugée belle (dans son époque/culture/environnement-donc ça peut changer en fonction du ou et du quand) est assimilée à une bonne personne, une personne morale, vertueuse, incapable de faire qqc de mal.

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  2. Merci pour ton commentaire, je viens de mettre à jour le dernier paragraphe pour mentionner explicitement la grossophobie.

    Pour l’aphrodisme, j’ai hésité à écrire dessus. Je ne l’ai pas inclus en tant que tel, vu que les canons de beauté sont déjà une marque d’oppression des femmes, des personnes racistes, en situation de handicap, etc, et que cet outil d’oppression sert le sexisme, le racisme, le validisme, l’agisme, etc. Je prendrai le temps de me renseigner davantage dessus 🙂

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