Être végane… et en colère contre mon ancien moi (spoiler : ou pas)

Bonjour les gens,

Je voudrais revenir rapidement sur une réflexion que m’ont faite quelques personnes de mon entourage ces deux dernières années. La réflexion en question : « depuis que tu es végane, tu es en colère contre ton ancien toi, contre la personne que tu étais avant et qui mangeait de la viande ».

Si vous êtes végane, vous y avez peut-être fait face aussi, donc je souhaite, à travers mon argumentaire, vous donner quelques pistes pour y répondre dans vos prochaines discussions.

Si vous êtes une des personnes de mon entourage qui m’a dit ça, je ne vous ai pas répondu sur le moment, parce que ça demande plus de temps que ne le permet une discussion Whatsapp ou Facebook. Cet article est ma réponse.

En vrai, je n’en veux pas à mon ancien moi.

Beaucoup de véganes éthiques expriment le regret de ne pas l’être devenu plus tôt et/ou plus vite. J’ai adopté ce changement à 25 ans, et dans l’absolu, si j’avais su, j’aurais essayé bien avant.

Je mets volontairement « si j’avais su » en gras. Parce que c’est la clé : j’ai décidé d’arrêter l’exploitation d’animaux le jour où j’ai appris l’ampleur des exactions nécessaires à mes achats de yaourts et de steaks. Avant ce jour, je consommais sans savoir, sans réfléchir au sort des animaux à l’autre bout de la chaîne. Et oui, sur 25 ans d’existence, on doit arriver à un bilan d’environ beaucoup d’animaux décédés. Probablement un nombre à 4 ou 5 chiffres.

Mais le jour où je me suis documentée, je n’ai pas opposé de déni ou de résistance. Je me suis remise en question immédiatement, et j’ai mis en application le véganisme dans ma vie. Il m’a fallu 3 ou 4 mois pour cela, le temps d’identifier les produits à éliminer de ma consommation et de changer mes modes d’approvisionnement. Je n’ai pas dénigré les militant•e•s qui ont porté à ma connaissance les informations sur l’exploitation animale, en qualifiant leurs propos de faux, d’exagérés ou d’intolérants. J’ai certes pris un peu de temps pour recouper des sources, mais sans hostilité envers les messager•e•s.

Bilan des opérations : je peux avoir des choses à me reprocher dans pas mal de domaines, mais sur le plan de l’éthique animale, j’ai remis en question mes habitudes et adopté un changement éthique assez rapidement. Et c’est une bonne chose ! Si j’ai été capable d’améliorer mes principes éthiques en quelques mois, alors je n’ai pas à me détester. J’ai certes une pensée horrifiées pour les X milliers d’animaux exploités par mon précédent mode de vie, mais j’ai de l’indulgence pour la personne que j’étais avant, qui ne savait pas, et qui a rapidement changé quand elle a su.

Ce mot, là, colère…

Parlons-en, justement. La notion de « colère » évoquée par mes interlocuteurices désigne quoi, au juste ? Probablement le ton affirmé avec lequel j’évoque les violences faites aux animaux. Et, accessoirement, mes choix de mots similaires aux réalités humaines (par exemple, je ne parle plus de « viande » mais de « cadavre » pour désigner la chair animale). Les phrases que je formule décrivent une réalité fort déplaisante, violente, et qui met mal à l’aise. Et éprouver de la colère face aux exactions que les humain•e•s sont capables de commettre ne me paraît pas aberrant. C’est une émotion légitime dans ce cas, et je dirais même que rester flegmatique face à ces exactions serait inquiétant, et révélateur d’une absence totale d’empathie envers les animaux exploités pour l’élevage.

Véganes en colère : la réalité
Mais si, les véganes sont extrémistes. La preuve en images.

Par conséquent, quand mes interlocuteurices parlent d’une « colère » que j’aurais envers moi-même, c’est très souvent fait sans porter attention au contenu de mon discours, et dans le but de dénigrer mon ressenti, de stigmatiser mon propos (parce que ce propos s’accompagne de colère), et d’assimiler tout ce que je dis dans un ton ferme à un bla-bla de personne violente et incontrôlable. J’ai notamment eu l’extrême surprise de constater, après avoir dit posément « je rêve d’un monde où tout le monde laisserait les animaux vivre librement », que mon adjectif « tout » a ensuite été repris par une personne de mon entourage… qui le prononçait avec une véhémence que je n’avais pas (« TOUT le monde », avec le mot « TOUT » qui était littéralement crié), pour ensuite réfuter mon rêve (qui, pourtant, ne casse aucune patte à aucun canard).

Qui sont les gens qui prononcent cette phrase, en fait ?

J’ai plusieurs hypothèses sur les raisons qui peuvent motiver cette phrase. Une chose est sûre : aucune des personnes qui me l’ont dite n’étaient véganes, ni antispécistes. Il pouvait s’agir de personnes omniphages ou végétariennes.

Pourquoi prononcer cette phrase ? Mes suppositions :

  • L’interlocuteurice est dans le déni de l’exploitation animale, ou dans la dissonance cognitive. Iel est au courant des problèmes de condition animale dans nos sociétés (puisqu’iel a au moins une personne végane dans son entourage), mais n’a pas envie de les prendre au sérieux, ni de reconnaître leur bien-fondé. A la place, pour ne pas se dire qu’iel commet des actes monstrueux, des mécanismes défensifs vont se mettre en place : dénigrer les véganes sur leur personnalité, rejeter tous les arguments sans même leur porter d’attention, répéter les messages de la société affirmant que consommer des produits animaux est nécessaire et normal, etc.
Dissonnance cognitive et carnisme
Illustration de la dissonnance cognitive des non-véganes
  • L’interlocuteurice confond l’animosité du propos d’un•e végane avec la colère de cette personne végane envers elle-même selon un raisonnement hâtif : si une personne végane est en colère contre tou•te•s les non-véganes, alors elle est aussi en colère contre elle-même car elle consommait aussi des produits animaux antérieurement. Peut-être que des véganes le ressentent effectivement, mais de là à généraliser sans même poser la question, c’est un peu précipité.
  • L’interlocuteurice s’en veut de consommer des produits animaux, et au lieu de gérer intérieurement sa colère, va plutôt la projeter sur la personne végane qui s’exprime avec animosité. Je m’en veux, mais je décrète que c’est toi qui t’en veux pour ne pas réfléchir à ma propre situation. Il y a un cas en particulier, où une amie végétarienne m’a fait cette réflexion, et j’étais tellement obsédée par ça que j’ai oublié d’analyser sa situation. J’ai mis très longtemps à réaliser que la transition végane qu’elle souhaitait faire ne se concrétisait pas, et pour le coup, sa réflexion m’a bien fait oublier sa situation de stagnation. Voulait-elle seulement devenir végane ? Je n’en suis plus si sûre, mais à l’époque, j’étais trop absorbée par sa remarque pour y réfléchir.
Le véganisme : quand la forme importe plus que le fond
24h dans la vie d’un•e végane, épisode 1. Source : Vegan Sidekick

Là-dessus, mes réflexions ne sont pas abouties, ce sont des hypothèses qui mériteraient d’être étudiées / analysées. Si vous avez des témoignages similaires, je suis preneuse dans la section de commentaires sous cet article.

Sur ce, je vous laisse, j’ai une casserole sur le feu qui sonne à la porte. A bientôt les gens 🙂

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