Être végane… et (v)égaux (2) : sexisme et spécisme

Bonjour les gens,

Après un premier article décrivant les oppressions systémiques les plus répandues, je souhaite avancer la réflexion aujourd’hui sur les manières dont certaines de ces oppressions se combinent au spécisme et contribuent à causer du tort à la fois aux êtres humains et aux animaux. Commençons aujourd’hui avec le croisement du sexisme et de l’exploitation animale.

Sexisme et spécisme : même combat
Sexisme et spécisme : même combat

Sexisme et spécisme dans le milieu végane

L’instrumentalisation du corps des femmes pour promouvoir le refus de l’exploitation animale, dont la PETA se fait une spécialité, cause du tort aux femmes sans aider les animaux (qui s’est sérieusement dit « oh mon dieu, Pamela Anderson est trop belle sur cette photo, je deviens végane » ?…). Je suis fermement convaincue que si on décide de lutter contre une oppression en perpétuant une autre oppression, les deux catégories opprimées ont à y perdre. Il devrait être possible, et même nécessaire, de défendre les droits des animaux sans se baser sur la nudité des femmes, ou sur des clichés virilistes qui associent végétalisme et prouesses sexuelles.

De manière plus large, les manifestations de sexisme suivantes peuvent se retrouver dans le mouvement animaliste, qui n’est pas plus à l’abri que d’autres contextes :

  • Surreprésententation des hommes parmi les figures médiatiques pro-animaux et dans les fonctions d’encadrement des associations animalistes. Fun fact : tous ne sont pas véganes, et communiquent parfois sans clarifier leur positionnement et leur mode de vie (par exemple, lui, lui ou encore elle). On a les incohérences qu’on peut…
  • Des militantes ont pu subir du harcèlement sexuel et autres agressions de la part d’hommes du milieu végane
  • Au sein des réunions militantes, les biais qui empêchent les femmes de prendre la paroleou de poser des questions sont a priori aussi présents qu’ailleurs
  • Beaucoup d’associations antispécistes adoptent des modes d’action nécessitant des voyages, des actions illégales (effractions…) ou encore des violences physiques ou verbales, sur soi-même ou sur autrui. Ces types d’actions peuvent être interprétées comme des manifestations de virilisme, entretenant ainsi la mise en valeur des hommes militants, au détriment des femmes impliquées dans la défense des droits des animaux.

Ce tableau est tout sauf réjouissant… Et il rejoint en partie les travers du reste de la société, que je m’en vais vous conter, justement.

Sexisme et spécisme dans le reste de la société

L’excellent livre La Politique sexuelle de la viande, de Carol J. Adams, décortique les ponts qui lient l’oppression des femmes et l’oppression des animaux dans les sociétés humaines. Cela se manifeste de plusieurs manières :

  • Répartition déséquilibrée des protéines animales dans les foyers, servies en priorité aux hommes jusqu’à une période récente, au détriment des femmes qu’on associe aux aliments végétaux et aux salades
  • Mise en scène des animaux dans les publicités pour des produits animaux, où les corps des animaux sont mis en scène avec des codes qui rappellent la nudité féminine et le male gaze
  • Exploitation industrialisée des corps, avec un parallèle entre la prostitution et les abattoirs (certaines prostituées employant parfois le terme « abattage » pour désigner leurs cadences insoutenables)
  • Violences conjugales : les hommes violents envers leur conjointe incluent également dans leur entreprise de destruction des menaces ou violences sur les animaux de compagnie auxquels la victime est attachée
  • Représentations culturelles du corps des femmes et du corps des animaux avec un point commun : le démembrement. Lorsque des corps de femmes sont montrés, ils sont régulièrement réduits à une partie ou un organe (bouche, fesses, ventre, pieds…), de même que les animaux exploités sont promus de manière démembrée (fourrure, cuir, entrecôtes, steak, oeuf, cuisse, foie…), avec des usages différents pour chaque organe : l’alimentation pour les muscles, le (re)vêtement pour les peaux et fourrures, etc.

Vis ma vie de femme végane

Comment cela se passe quand on est végane et femme, dans une société spéciste et sexiste ?

C’est simple, on s’expose à une toute nouvelle charge mentale (pour la présentation du concept de charge mentale, c’est par ici). Car oui, dans une société où les femmes se voient affectées aux taches ménagères et à la cuisine, cela voudra dire, pour une femme, prendre en charge la recherche de commerces où acheter des produits compatibles, de recettes de cuisine pour varier le quotidien comme pour épater les proches, et ce sans compter les éventuelles autres preoccupations de consommation (recherche de produits en vrac, achats bio, prise en compte de maladies chroniques comme le diabète d’un•e proche…).

Si cette femme vegane est célibataire, alors cette charge mentale se limitera à sa propre alimentation, c’est le cas le moins complexe. En presence d’un•e partenaire ou d’enfants véganes, la prise en charge de ces preoccupations peut se répartir au sein du couple, mais reste soumise aux inégalités de genre.

En présence d’un•e partenaire ou d’enfants non-véganes, une autre responsabilité s’ajoute à celle de la transition végane : celle d’acheter et de cuisiner des produits animaux pour le reste du ménage. Pendant ce temps, le•a conjoint•e ne cherchera pas forcément à faciliter votre vie de femme végane ou en transition ; par exemple, l’homme que je fréquentais pendant mon apprentissage du véganisme proposait uniquement des restaurants sans option vegetale pour nos sorties, et quand je m’en rendais compte, me laissait chercher seule un restaurant avec option végétale, mais il fallait obligatoirement un restaurant qui serve des produits animaux. C’est une charge mentale limitée vu qu’on ne cohabitait pas, mais j’ai parfois un frisson lorsque j’imagine ce qu’aurait été une vie commune avec lui. Pour mon plus grand bonheur, cette période est révolue. Si vous vivez avec un•e conjoint•e non-végane bienveillant•e, c’est un moindre mal, qui peut parfois mener vers d’autres transitions véganes dans la famille (et c’est tout ce que je vous souhaite !), mais en attendant, les femmes véganes dans cette situation doivent gérer le dilemme de cuisiner des produits animaux qu’elles refusent pour elles-mêmes, et le désarroi face à des proches non-véganes pas forcément soucieux•ses d’éthique animale. Ça pique un peu beaucoup… Et ça fait régulièrement l’objet de questionnements et de débats sur les forums ou réseaux sociaux véganes.

Où trouver des contenus chouettes sur le véganisme ET le féminisme ?

C’est le moment pour moi de citer mes blogueuses de prédilection :

  • Les questions composent : un blog datant de quelques années sur le sexisme, le véganisme (notamment la dichotomie welfarisme vs. abolitionnisme), les violences éducatives et les limites du militantisme vegane guidé par l’écologie ou la santé
  • Insolente-veggie : la dessinatrice Rosa B utilise la bande dessinée pour pointer les travers de l’exploitation animale et les comportements et idées absurdes des non-véganes. Quelques planches traitent de thèmes liés au sexisme (par exemple le harcèlement de rue).
  • Veggie-Poulette : un autre blog de bande dessinée avec des vignettes percutantes, avec une proportion d’articles sur le sexisme plus élevée que le blog précédent.
  • Hypathie : des posts sur le sexisme, sur l’exploitation animale, et parfois sur des sujets à l’intersection comme l’écoféminisme

Je suis également en train de lire La Politique sexuelle de la viande, de Carol J. Adams, qui analyse les points communs entre oppression des femmes (dans les sociétés anciennes et contemporaines) et des animaux. C’est très pas mal du tout ❤️.

Sur ce, je vous laisse, j’ai une casserole sur le feu qui sonne à la porte. A bientôt les gens 🙂

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